le TOEB DE ZAKROS

POURSUITE DES ECHANGES AVEC LE SYNDICAT DE L'EAU . TEXTE DE MARTINE JACOT JUILLET 2017

Zakros et sa source de vie : un équilibre fragile mais étroitement géré

Elle sort des antres de la montagne tout en haut de Zakros, au bout d’une agréable promenade ombragée. La principale source du village est son cordon ombilical. Ses maisons ont été bâties en son long. Les moulins à eau broyaient autrefois olives ou céréales sur ses pentes les plus raides ; ils viennent d’être restaurés en musée.  Il y a bien plus longtemps, au débouché d’une profonde gorge où la source rejoint d’autres filets d’eau, un hameau et un palais minoens avait été érigés, vers 1700 avant JC, tout près d’un petit port de mer naturel, à Kato Zakros (Zakros le bas).


on peut distinguer le conduit d'eau potable en blanc à Ano Zakros 


De tous temps, le débit de la source a été la hantise locale. Il est habituellement le plus faible en automne ; il double au printemps. Au deuxième millénaire avant notre ère, des retenues d’eau avaient déjà été construites, pour contrôler ses crues et permettre l’irrigation des cultures en terrasse. Depuis 1995, une association sans but lucratif, le TOEB, réunit la grande majorité des propriétaires d’oliviers de Zakros et gère collectivement les eaux à usage agricole, le réseau d’eau potable, alimenté de la source par une canalisation parallèle, étant sous la houlette d’une entreprise publique de Sitia, la ville la plus proche, à 38 kilomètres. 

 


Le TOEB arrose ainsi les quelques 200 000 oliviers de ses membres, dispersés sur

7 000 hectares – environ 60 000 oliviers le sont par des puits privés. Signe de son importance, ses bureaux, ouverts au public, ont pignon sur l’unique place du village, autour de laquelle se distribuent les principaux commerces et cafés, ainsi que la pharmacie.  

 

 




 

 

Président du TOEB depuis près de huit ans, l’oléiculteur bio Michaelis Tzouanakis se réjouit que les pluies du début de l’année aient porté le débit de la résurgence à 400 m3 par heure au printemps. Mais, quittant son sourire, il constate qu’ « il était exactement le double il y a dix ans à pareille époque, date à partir de laquelle a le réchauffement climatique a commencé à faire sentir ses effets ». Au cœur de cet été, parfois très chaud, le débit est de 260 m3 par heure. Il variait entre 400 et 500 m3 une décennie plus tôt, indique le président.



Des mesures de restriction ont été prises pour l’arrosage des oliviers, effectué de mai à octobre, voire en décembre si le ciel n’est pas clément, par tout un réseau de canalisations et de tuyaux noirs qui sillonnent la campagne. Ses vannes sont actionnées par deux employés permanents. Cette année, les arbres ne sont arrosés, zone par zone, que tous les 30 jours, à raison de 900 litres chacun (contre 700 litres en 2016, année de moindres pluies), précise Michaelis Tzouanakis. En 1996, le TOEB s’est servi de ses profits antérieurs pour moderniser tout son système d’irrigation et mieux détecter d’éventuelles fuites.  Nouveauté : un panneau lumineux au fronton du local du TOEB fait défiler les dernières informations sur les arrosages ainsi que sur les conseils d’économie en eau. 

 

le nouveau panneau lumineux sur le fronton du Bureau du TOEB

le réservoir de 300 00 litres visible à Ano Zakros 

Au sommet du village, non loin de la source, un réservoir a une capacité maximale de 300 000 m3. Fin juillet, un peu plus de la moitié avait été utilisée. Il faudra tenir jusqu’en octobre au moins et espérer des pluies d’ici là. Aussi, le conseil actuel du TOEB souhaite-t-il ardemment créer un second réservoir, sur un terrain de football à déménager, afin de récupérer davantage d’eaux de pluie quand elle tombe et prévenir une éventuelle pénurie. Le coût du projet a été évalué à 4 millions d’euros. Un dossier a bien sûr été déposé auprès des instances gouvernementales et de l’Union européenne… 

« L’eau, c’est la vie de Zakros et de ses 650 habitants. Toute l’économie, déjà si fragile, de notre village agricole en dépend », dit Michaelis Tzouanakis. « Et on se sait pas de quoi l'avenir sera fait », ajoute-t-il, inquiet de rumeurs selon lesquelles le gouvernement d’Alexis Tsipras à Athènes envisagerait une privatisation de l’eau à usage agricole. Son prix, actuellement de 7 centimes le m3, augmenterait à coups sûrs, anticipe le président du TOEB. 

 

Mais le véritable scénario catastrophe serait, à ses yeux, bien plus imprévisible : un violent tremblement de terre susceptible de boucher la résurgence, là-haut, au bout de la promenade ombragée. Un séisme rare, du type de ceux qui ont certainement détruit les palais minoens de Kato Zakros, de Knossos et de Malia en Crète. Que pourrait-il alors se passer ? « Eh bien, si nous survivons à la colère de la terre, nous creuserons des puits pour réalimenter les canalisations d’irrigation », assure Michaelis Tzouanakis, oléiculteur de père en fils. 

 

En attendant, à chaque jour suffit sa peine. Les oliviers sont arrosés, sans gâchis d’eau, et la récolte (de novembre à février) s’annonce bonne. 

Martine Jacot (30 juillet 2017)



Alerte du TOEB en 2016

la très faible pluviométrie de l'hiver 2015-2016 a conduit le TOEB à diminuer de 30% le volume d'eau autorisé par oliver et par arrosage .

Habituellement d'un mètre cube par olivier et par arrosage ( 6 à 8 arrosages par an ), ce volume est ramené cette année à 0,7 mètre cube par arbre et par arrosage.

les habitants sont appelés à ne faire du potager que pour leur strict usage personnel .

TOEB

 

C’est le sigle que vous voyez apparaître sur la place du village

sur le bureau situé entre "Terra Zakros" et le bar de Christina.

 

Michaelis le président a bien voulu répondre à nos interrogations , voici sa synthèse:

 

 

 

message de Michaelis TSOUNAKIS

Chers amis de Zakros,

 

Tout d’abord un grand merci pour l’intérêt que vous manifestez pour nos activités et nos problèmes.

 

T.O.E.B. signifie « organisation locale pour l’amélioration domestique » et a été créé en 1995 afin de gérer l’eau destinée à l’arrosage des arbres.

 L’eau potable ne fait pas partie de nos activités.

sous l'eau vous distinguez deux canalisations l'une blanche véhicule l'eau potable, la noire, l'eau agricole pour le oliviers.


En Juin dernier, j’ai été réélu Président pour la seconde fois.

 

En ce qui concerne les problèmes liés à l’eau, il y a principalement deux choses à signaler.

 

La première est liée aux précautions relatives à l’environnement et au changement climatique. La seconde, qui est la plus importante, est liée à la production d’énergie pour d’autres utilisateurs et pour le profit, telle qu’elle a été programmée par les autorités grecques et européennes.

 

Il y a aussi des problèmes de moindre importance relatifs aux utilisateurs locaux et à la détérioration du principal tuyau.



Pendant les mois secs (de Mai à Octobre), le volume d’eau consommée pour les activités agricoles (essentiellement les oliviers) atteint 2 millions de mètres cubes qui passe à travers le système de tuyaux du T.O.E.B.

 

Le système secondaire de tuyaux - qui appartiennent à chaque utilisateur -  se compose à 60% d’arrosage goutte-à-goutte et à 40% d’arrosage par petits trous.

 

au sol les gros tuyaux délimitent les propriétés et les petits tuyaux irriguent chaque arbre.

Pour chaque arbre adulte, la consommation moyenne est d’un mètre cube lors de chaque arrosage, c’est-à-dire 6 à 8 fois par an.

 

Bien sûr, les économies réalisées grâce au système goutte-à-goutte sont importantes, mais ce système cause aussi des problèmes d’un autre ordre, liés à la continuité du flux.

 

 Le volume d’eau fourni par le T.O.E.B. est restée stable au cours des 5 ou 6 dernières années, du fait que le nombre d’oliviers est resté constant.

 

Nous pensons qu’il existe des possibilités d’augmenter le nombre d’arbres cultivés, sur des terrains non rocailleux autour du village.

 

Cela signifie que nous devrons stocker plus d’eau pendant les mois d’hiver.

Aujourd’hui, tout le monde peut voir les vagues de réfugiés, causées par les guerres. Comment ne pas imaginer les millions de réfugiés que va provoquer le changement climatique ?

 

On peut en voir aujourd’hui les résultats ; le changement climatique en provoquera de bien pires.

 

C’est pourquoi nous soutenons tout mouvement qui tend à réveiller la communauté mondiale. Nous soutenons toute personne ou toute équipe qui défend les droits humains, pour une vie meilleure partout.

 

Nous vous remercions pour votre intérêt et votre soutien.

 

Le Président

Michael Tzounakis                 le 29 septembre 2015

répartiteur: c'est la connexion entre le réseau principal et celui des producteurs


Dans nos plans, la première priorité est donc la création d’un lac technique afin de stocker l’eau qui sort de la source pendant l’hiver.

 

C’est le moyen de réaliser une augmentation de la productivité ainsi que la sûreté du système d’arrosage des arbres.

 

Je dois souligner que notre région est sèche, chaude et très proche de la côte nord de l’Afrique, ce qui signifie que toute évolution du climat nous touchera avant les autres Européens.

 

La qualité et la quantité de l’eau seront bien sûr affectées par le changement climatique, tout le monde le sait. La question est de savoir ce que l’on fait.

 

Notre participation à la protection de l’environnement réside dans notre style de vie, notre amour de la nature et je vous appelle à penser ainsi.

 

à gauche Michaelis , à droite son adjoint dans le bureau du TOEB sur la place de Zakros

NDLR
Nous vous suggérons vivement d'emprunter le chemin de l'eau :

de  la source en passant par la fameuse balade de la "vallée des Morts" le site archéologique  pour arriver à  la baie de Kato Zakros où baignades et restaurants vous attendent.