le kalanta des enfants de Zakros

une tradition vivace

PAR Martine JACOT

le soir du 31 décembre

toc toc


Dès la nuit tombée, le 31 décembre, les enfants ont sonné, par groupe de deux, à toutes les portes de Zakros où ils ont vu de la lumière. Lorsqu’elles se sont ouvertes, ils ont frappé avec une tige de métal sur un petit triangle et dit « kalanta ! », en brandissant une grande chaussette alourdie de quelques sous. Veulent-ils des bonbons ou autres friandises ? Non, cette époque est révolue, ils préfèrent des sous « mais vous donnez ce que vous voulez ! ». D’après leurs aînés, j’aurai dû leur demander de chanter avant de m’exécuter. Car Kalanta ou kalanda, ce sont les calendes. Et elles correspondent à une tradition chantée qui remonte à l’aube des temps. 

des origines...

Dans l’antiquité grecque, Homère, l’auteur présumé des deux premières œuvres de la littérature occidentale que sont l’Illiade et l’Odyssée, évoquait déjà, à la fin du VIIIè siècle avant J.-C., les enfants qui allaient de maison en maison au moment des « numénies », la nouvelle lune, et chantaient pour souhaiter de bonnes récoltes. Puis vinrent les Romains.

Sous Jules César, vers 45 avant J.C., l’année est réorganisée afin de mieux correspondre aux mouvements connus des astres, dont la nouvelle lune. Elle comprend dorénavant 365 jours et des années bissextiles. 

...des calendes

Les calendes étaient le premier jour de chaque mois mais aussi celui où les débiteurs devaient payer leurs dettes inscrites dans les calendaria, les livres de comptes à l'origine du calendrier. Parenthèse : Les Grecs, eux, dédaignèrent cette réforme romaine et continuèrent d’utiliser  leur division du temps, sans calendes. Ce serait Auguste, l’empereur romain, qui aurait le premier évoqué les calendes grecques, inexistantes, pour parler d’une très hypothétique date de remboursement de débiteurs insolvables… Mais les calendes finirent par s’imposer dans l’empire.

Vers la fin de l’époque romaine, l’Eglise a interdit les fêtes et chants païens – le 25 décembre, on célébrait la victoire de la lumière sur les ténèbres –mais elle a dû composer : les saturnales du solstice d’hiver et les calendes ont été transformées en fêtes chrétiennes. C’est ainsi que les enfants ont continué d’aller de maison en maison, trigone en main, à deux reprises : pour annoncer l’arrivée du Christ, le 24 décembre, et pour commémorer Saint-Basile de Césarée (Agios Vassilis), le 31 décembre, célébré le lendemain. 

Avant que le père Noël ne s’impose dans toutes les chaumières du monde, c’était Agios Vassilis, l’infatigable visiteur des paroisses de son diocèse de Cappadoce, qui glissait à minuit, dans l’Orient chrétien, des cadeaux dans les chaussettes des enfants sages, accrochées aux fenêtres ou à la cheminée. « Saint Basile arrive de Césarée pour visiter votre maison, majestueuse dame », peuvent encore chanter les enfants de Zakros.

a la vassILopita

En mémoire de Vassilis, on coupe aussi, le 1er janvier, à Zakros et partout ailleurs en Grèce, la vassilopita, délicieux gâteau rond parfumé à l’orange ou aux amandes, dans lequel est cachée une pièce de monnaie. Elle portera bonheur toute l’année à celui qui la trouve.

Outre les plats traditionnels, les desserts maison abondent durant les fêtes de fin d’année - douze jours, de la veille de Noël à l’Epiphanie : des kourabiédès finement sablés aux mélomakarouna (semoule, huile d’olive, sirop de miel et noix), en passant par les diples, crêpes légères frites roulées enrobées de miel.  

Quelques heures avant kalanda, une fête a été organisée pour les enfants le 31 décembre,  au centre culturel de Zakros, avec des jeux de faux flocons lancés par un père Noël sur échasses (photo) –syncrétisme encore. Quelques jours plus tard, tout le monde a eu droit à de la vraie neige. Les olives apprécient aussi les flocons, dit-on. Leur récolte n’a été interrompue que quelques jours.

la recette du vassilopita  est est ligne. suivez le lien ci dessous.